L’émigration des savoyards est probablement
un phénomène très ancien. On commence à
le connaître à partir du XIVe siècle où il
semble prendre une importance considérable.
Il ne s’agit pas d’un fait typiquement savoyard.
L’émigration concerne, aux mêmes moments, la majorité
des zones rurales françaises.
Poussés par les nécessités
économiques, les montagnards quittent leurs villages en hiver.
Ils fréquentent toutes les régions de France, mais aussi
la Suisse ou l'Allemagne. Chaque époque a sa destination préférée.
Ils exercent toutes les professions : domestiques,
ouvriers, cochers... Ils sont souvent colporteurs. Tous n’étaient
pas ramoneurs, malgré ce qu’en dit la littérature romantique
du XIXe siècle à qui l’on doit en grande partie l'invention
de ce mythe.
Nombreux cependant sont les émigrants
qui exercent des métiers sans qualification, dont personne ne
veut, et qui sont toujours aux portes de la misère.
Il serait faux de croire que tous les montagnards
émigrent pour les mêmes raisons. Certains partent par esprit
d’aventure : lorsque l'hiver les contraint à vivre terrés
dans leur montagne pendant plusieurs mois longs et ennuyeux, ils préfèrent
aller voir ce qui se passe ailleurs.
Véritable complément à l'agriculture
et à l'élevage, l'émigration est longtemps demeurée
une importante source de revenus pour les hautes vallées, voire
une véritable manne qui permet de vivre une bonne partie de l’année.
Jusqu'au XVIIIe siècle, chaque été
ramène les émigrants au village. Mais à partir
du XIXe siècle l'émigration devient définitive.
Au début du XXe siècle, elle se transforme en un véritable
exode qui vide hameaux et villages.